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Le téléphone mobile, parent pauvre de la filière DEEE
Paru dans Environnement Magazine n°1689 - août 2010 le 24/08/2010

Le secteur du recyclage des téléphones mobiles est confronté à un double enjeu : améliorer les perspectives de réemploi et de valorisation et, surtout, augmenter un taux de collecte ridiculement bas.

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7% des utilisateurs qui changent de terminal dont recycler l’ancien.

La filière française de gestion des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) se porte plutôt bien. Elle dépasse les objectifs de collecte européens et sa progression est soutenue... Ce n’est pourtant pas grâce aux téléphones mobiles, dont les taux de captage sont catastrophiques. Selon une étude de TNS Sofres, réalisée en 2009 pour l’Association française des opérateurs mobiles (Afom), seuls 7 % des utilisateurs qui changent de terminal font recycler l’ancien, contre 21 % qui le donnent à un proche et 38 % qui le conservent dans un tiroir. Pire, cette enquête réalisée chaque année fournit inlassablement les mêmes résultats. Environ cent millions de mobiles inutilisés pourraient aujourd’hui être stockés ! Pour inverser la tendance, le secteur des télécoms s’engage, via une charte qui doit être signée prochainement, à mettre en place un système de collecte des téléphones mobiles usagés. Et l’éco-organisme Écosystèmes, qui représente la majorité des fabricants et travaille avec les trois grands opérateurs, veut tripler le taux de collecte d’ici à 2014.

SI le principe de reprise un pour un ne fonctionne pas, c’est parce que « capter les petits appareils est toujours difficile justifie Dominique Mignon, directrice du développement chez écosystèmes. Et avec le mobile, s’ajoute un phénomène d’attachement : on ne veut pas perdre ses données, on se dit que ça peut toujours servir ... » Plus souple, le dépôt en magasin sans condition d’achat pourrait connaître d’avantage de succès. Pour les enseignes, ce type de collecte dite « un pour zéro » n’est pas une obligation légale, mais la plupart n’y semblent pas opposées si la signalétique est unique, le message clair et le bac de collecte esthétique. Depuis début juin, quelques dizaines de moyennes surfaces l’expérimentent d’ailleurs en partenariat avec Écosystèmes. Dominique Mignon espère équiper 5 000 points de collecte d’ici à 2014.

Pas sûr que cela suffise ! Conscients que les DEEE pèsent dans leur bilan environnemental, les opérateurs mobiles appliquent déjà le dépôt en libre-service. Mais « il est très difficile de convaincre les clients de ramener leur téléphone en agence, reconnaît Alain Liberge, responsable du développement durable chez Orange. Durant la semaine du recyclage, des urnes ont même été installées avec du personnel pour les encadrer.et le bilan est mitigé. On recommencera, mais nous n’arriverons pas à collecter ainsi plus de 10 à 15 % du gisement ». La collecte sur le lieu de travail permet d’aller plus loin. Monextel propose par exemple aux entreprises une offre complète et gratuite, allant du kit de communication au reporting RSE (nombre d’emplois créés, bilan carbone de l’opération). La société s’allie par ailleurs à des associations et leur reverse une partie des bénéfices réalisés sur la revente des terminaux encore en état de marche. Les opérateurs et quelques jeunes sociétés, comme Monextel, FoneLoop (avec Mobilorama.com) ou CMR (avec Fonebank.fr), misent parallèlement sur la reprise payante pour doper la filière de réemploi. En quelques mois, les offres se sont multipliées.

Depuis la mi-mars, SFR s’appuie par exemple sur un argus actualisé chaque mois par Anovo pour évaluer la valeur des mobiles des utilisateurs et les échanger contre des bons d’achat. « Nous avons connu une période où le seul prestataire était Fonebak - désormais Regenersis. L’émergence de nouveaux acteurs permet devoir une offre plus innovante », analyse Catherine Moulin, directrice environnement chez l’opérateur.

Encore faut-il que les débouchés existent. Et en France, les modèles neufs ultra-subventionnés n’aident pas le marché ! « Nous n’avons pas de difficultés à écouler le matériel de qualité », estime pourtant Christine Antoine, responsable commerciale des Ateliers du Bocage, une entreprise d’insertion du mouvement Emmaüs par laquelle transitent la plupart des mobiles en fin de première vie pour être triés ou démantelés. Mais c’est vers l’étranger que se dirige le plus grand gisement, celui des terminaux moins sophistiqués. En particulier vers l’Afrique.

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Composants d’un téléphone portable
Même si les circuits imprimés nus ont plus de valeur que les téléphones entiers, la différence ne paye pas le démantèlement.

Exporter des mobiles dont plus personne ne veut n’est-il pas une manière de se débarrasser à moindre frais de produits destinés à devenir très vite des DEEE ? « Non » répondent en chœur les acteurs de la filière. D’abord parce que, faute de réseaux de téléphonie fixe performants, il y a dans les pays en développement un vrai besoin de mobiles bon marché. Ensuite parce que les réparateurs GSM y ont un vrai savoir-faire. Ils savent prolonger très longtemps la vie des terminaux. Enfin parce que les exportateurs français s’engagent à n’envoyer que des téléphones qui fonctionnent. Une charte de réemploi proposée par Écosystèmes impose d’ailleurs aux spécialistes du reconditionnement des tests assez poussés (du bon fonctionnement de chaque touche du clavier à l’autonomie de la batterie). L’inexistence de filières locales de traitement n’en demeure pas moins préoccupante. Pour ne pas contribuer à la prolifération des décharges de DEEE, les Ateliers du Bocage associent à chacune de leurs boutiques africaines un espace de collecte de déchets. « Lorsque la filière d’élimination n’existe pas localement, nous rapatrions les déchets en France », insiste Christine Antoine. Suivie par Orange, la démarche pourrait s’étendre rapidement... Pas sûr néanmoins que les courtiers internationaux auxquels sont vendus la plupart des terminaux d’occasion français suivent le mouvement ! Le dernier enjeu pour l’industrie du mobile est de valoriser au mieux les terminaux sans perspective de réemploi. Le Belge Umicore s’est imposé comme un acteur incontournable pour faire le tri dans les métaux précieux par le biais d’un procédé de métallurgie complexe. Le plastique est quant à lui valorisé énergiquement et certains éléments, comme l’aluminium, sont intégrés dans des mâchefers. Mais ne peut-on pas aller plus loin(voir l’avis de Benoît Varin) ? « Il y a des pistes, mais nous n’avons pas encore de procédé éprouvé », considère Dominique Mignon.



Prévention : les opérateurs mobiles face à leurs paradoxes

En développant un étiquetage environnemental, les opérateurs montrent qu’avant de penser au réemploi, « le premier enjeu est de mettre sur le marché des téléphones qui limitent leur consommation en matières dangereuses et en métaux rares, tels l’or, le lithium, l’argent, l’étain ou le nickel, pour ne pas épuiser les ressources », comme le souligne Alain Liberge, responsable du développement durable chez Orange. Pour aller au bout de la logique préventive, reste à convaincre les équipes marketing de ne plus jouer la surenchère technologique en poussant les utilisateurs à changer leur téléphone tous les dix-huit mois en moyenne ! Un taux de renouvellement qui peut se justifier pour les technolphiles, mais pas pour l’utilisateur lambda. Ce revirement commercial serait spectaculaire... mais pas si utopique. Encore timide, des offres commencent à apparaitre pour rémunérer la fidélité avec un bon d’achat plutôt qu’avec un nouveau téléphone.


L’avis de... Benoît Varin, directeur du développement de Monextel

« On attend que le ministère de l’écologie se positionne vraiment »

« Nous n’allons pas assez loin dans le démantèlement et la valorisation matière des téléphones en fin de vie. L’annexe 2 de la directive DEEE stipule qu’il faut en extraire les circuits imprimés. Au vu des consignes actuelles des pouvoirs publics et des éco-organismes, on ne met pourtant de côté que les batteries et les accessoires. Les petits écrans LCD ne sont pas recyclés. Techniquement, on sait enlever les vis, les coques en plastique ABS valorisables en écomatériaux, les composants électroniques, voire les piles qui sont sur les circuits... Mais cela a un coût ! Même si les circuits imprimés nus ont plus de valeur que les téléphones non démontés, le différentiel n’est pas suffisant pour financer le démantèlement ! On attend donc un vrai positionnement du ministère de l’Écologie et des éco-organismes quant au modèle économique et technique des filières que nous proposons. »

Un article d’Olivier Descamps
Environnement Magazine - Juillet-Août 2010 - n° 1689

Contacts

> Dominique Mignon

0 825 88 68 79

> Christine Antoine,

05 49 81 09 72



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